I. La plante
Véritable institution en Chine, le thé n'a pas, comme chez nous, le statut de simple boisson d'agrément. C'est, à l'instar des vins français, autant un art qu'un fleuron de la gastronomie.
Le thé se boit en compagnie, dans les maisons de thé, ou les jardins de thé, chez soi, ou seul.
Les Chinois, au huitième siècle avant notre ère, nommaient indifféremment un certain nombre de plantes amères par le vocable 荼 tú, au nombre desquelles l'on peut compter le thé. La boisson obtenue par infusion, agrémentée de diverses plantes aromatiques, comme le gingembre et la ciboule, s'apparentait plus à un bouillon. La plante a été distinguée des autres plus tard, et s'est appelée 檟苦荼jiǎkǔtú (où 苦 kǔ signifie « amer »).
Il faut attendre la fin du huitième siècle de notre ère pour que le mot 茶 chá s'impose et en vienne à désigner non plus le bouillon amer parfumé aux épices et herbes aromatiques mais la boisson « noble » bue nature.
II. Les familles de thé
Les Chinois répartissent le thé en six catégories, dont les noms sont tirés de la couleur de l'infusion et non de la feuille ; cette couleur révèle le taux de fermentation des feuilles, soit, dans l'ordre croissant :
- 『黃茶』huáng chá (thé jaune) ; les plus fins et souvent les plus rares des thés. Très délicats, ils subissent une légère fermentation à l'étouffée et leurs feuilles ne sont pas travaillées. Seuls les bourgeons duveteux sont utilisés.
- 『白茶』bái chá (thé blanc) ; à l'instar des thés jaunes, ce sont des thés très délicats qui, eux, ne subissent aucune fermentation. Les trois premières feuilles, dont le bourgeon, peuvent être présentes, toujours entières. Elles sont séchées à l'air.
- 『綠(绿)茶』 lǜ chá (thé vert) ; ces thés ne subissent aucune fermentation et sont la plupart du temps composés de bourgeons ou de jeunes feuilles. Ce thé est travaillé, les feuilles subissant diverses opérations (réchauffage à 100°, par exemple).
- 『烏龍(乌龙)茶』 wūlóng chá (thé « dragon noir », orthographe courante : oolong ; ce thé est couramment désigné sous le vocable 青茶 qīng chá « thé bleu-vert ») ; le nom de ce type de thé vient de la couleur de la feuille et non de l'infusion. Ce sont des thés dits « semi-fermentés » car leur fermentation varie de 12 à 65%. Les feuilles sont souvent entières.
- 『紅(红)茶』 hóng chá (thé rouge) ; ils sont fermentés à 100% ; les feuilles utilisées peuvent être brisées pour les thés de moindre qualité.
- 『黑茶』 hēi chá (thé noir) ; ce sont des thés entièrement fermentés ayant subi une post-fermentation de plusieurs années (à titre indicatif, l'auteur possède un 六堡茶 Liùbǎo chá de 1958), des thés de garde. Très coûteux, ils ne sont connus la plupart du temps des Occidentaux que par les copies dont la R.P.C. abreuve les marchés extérieurs – pâles reflets fades dont la post-fermentation ne dépasse pas quelques jours – vendus en supermarchés sous les appellations frauduleuses de 普洱 Pǔ’ěr ou de 磚(砖)茶 tuóchá.
- 『花茶』 huāchá (thé aux fleurs) ; ce n'est, à proprement parler, pas un type de thé, car le thé agrémenté de parfums de fleurs auxquelles il a été mêlé (ou, pour les thés médiocres et commerciaux, recouvert d'essence) peut être de couleurs diverses. Le thé au jasmin, 茉莉花茶 mòli huāchá, dans ses versions les plus raffinées, peut être composé d'un thé blanc parfumé, aux saveurs très délicates. Les thés noirs parfumés aux fleurs sont les plus répandus, le plus souvent aussi les plus médiocres quand ils sont construits sur des poussières de feuilles auxquelles une essence quelconque a été rajoutée. Un bon thé parfumé doit l'être par le contact avec des fleurs fraîches, et non grâce à une essence.
Et toi, tu es plutôt thé jaune ou thé blanc?